Wealthim
Guide · Expatriation fiscale

Impôt passeport : la taxe qui s'est jouée à une voix

Valentin Chaponnay·Mis à jour le 15 juillet 2026·3 min de lecture

Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2025, un amendement a failli changer la vie fiscale des expatriés français. Il proposait de taxer les Français où qu'ils vivent, sur le modèle américain. Résultat : 131 pour, 132 contre. Rejeté à une voix. Ce qui compte, ce n'est pas ce rejet. C'est la trajectoire.

Ce que prévoyait l'amendement

L'amendement I-CF380, dit « impôt universel ciblé », posait un principe simple. Si tu es de nationalité française, résident en France au moins 3 ans sur les 10 dernières années, avec des revenus supérieurs à 230 000 € par an, et que tu t'installes dans un pays à fiscalité inférieure de plus de 40 % à celle de la France, alors la France conserverait le droit de t'imposer sur tes revenus mondiaux, avec un crédit d'impôt pour ce que tu as payé sur place.

C'est le modèle de la taxation à la citoyenneté : les États-Unis sont le seul pays au monde à taxer leurs citoyens où qu'ils soient. L'amendement proposait de transposer cette logique en France.

Pourquoi le rejet ne règle rien

Sur le papier, le dispositif soulève de sérieuses objections : constitutionnalité, conformité au droit européen (la CJUE a censuré un mécanisme voisin dans l'affaire Lasteyrie du Saillant en 2004), applicabilité. Facile de conclure qu'il ne passera jamais.

Sauf que cet amendement revient chaque année et gagne des voix. Cette fois, des groupes de bords opposés ont voté ensemble. Le sujet dépasse le clivage traditionnel, et le contexte budgétaire (déficit élevé, recherche de recettes) pousse dans le même sens. Une voix d'écart, ce n'est pas un obstacle solide. C'est un compte à rebours.

Ce que ça change pour ton projet

Il faut raisonner en tenant compte du risque politique, pas seulement du droit actuel. Un départ conçu pour l'optimisation immédiate, sans marge, est fragile face à un changement de règles. D'où deux réflexes : anticiper, et ne pas tout miser sur l'expatriation physique. Protéger et internationaliser son patrimoine sans quitter la France reste robuste face à l'incertitude législative.

Voir le pilier « Protéger et internationaliser son patrimoine ».

Ce qui change en 2026

À surveiller : le retour probable d'un amendement de ce type dans les prochaines discussions budgétaires. Bloc mis à jour à chaque étape parlementaire.

Wealthim

On en parle chez Wealthim

On construit des stratégies qui tiennent même si les règles bougent, pas des montages calés sur l'état du droit à l'instant T.

L'amendement qui revient chaque année

Ce n'est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière. Ce type d'amendement est déposé de façon récurrente lors de chaque budget, et il gagne des voix d'année en année. En 2025, il a franchi une étape symbolique en réunissant des groupes que tout oppose par ailleurs. La dynamique compte plus que le résultat d'un vote isolé : un sujet qui rassemble de plus en plus de députés finit, tôt ou tard, par trouver sa majorité.

Le garde-fou du Sénat et des conventions

Deux obstacles freinent encore ce basculement. D'abord, le Sénat, traditionnellement plus prudent sur la fiscalité des Français de l'étranger, joue un rôle de filtre. Ensuite, un changement de logique (passer de l'imposition à la résidence à l'imposition à la nationalité) supposerait de renégocier l'ensemble des conventions fiscales bilatérales signées par la France, ce qui prend des années, quand c'est possible.

Ces freins expliquent pourquoi le dispositif n'est pas encore passé. Ils n'en garantissent pas l'échec permanent. Pour toi, la conclusion est pratique : construis une stratégie qui résiste à un changement de règles, plutôt qu'un montage optimisé pour le droit d'aujourd'hui.

Questions fréquentes

L'impôt passeport existe-t-il en France ?

Non à ce jour. Un amendement en ce sens a été rejeté à une voix fin 2025, mais il revient régulièrement.

Qui serait concerné ?

Le projet visait les Français à hauts revenus (plus de 230 000 €/an) partant vers des pays à faible fiscalité.

Faut-il renoncer à s'expatrier ?

Non, mais anticiper et privilégier des stratégies robustes plutôt que fragiles.

À lire aussi dans ce guide

Ce guide fait partie du dossier « Expatriation fiscale ».

Valentin Chaponnay, CIF & COA, ORIAS n°24004224, membre CNCGP.

Information générale, sans valeur de conseil personnalisé. Article d'actualité mis à jour au fil des débats.